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vendredi 26 mars 2010

Collège guide de survie, de Sylvain Jaoui


Première maison d'édition de livres illustrés en France dans les domaines de la photographie, du patrimoine, de l’art et des loisirs, La Martinière propose également une collection dédiée à la jeunesse."Collège, guide de survie" de Sylvain Jaoui, est une petite perle pour nos ados. Il leur livre avec un humour décapant les si précieux conseils que l'on ne cesse de leur asséner sans être entendus (enfin si, parfois quand même... mais un peu à coup de trique !) Ce sont autant de clés d'entrée, et espérons-le de réussite, pour faire leurs devoirs, gérer leur stress, adopter une attitude adéquate avec leurs profs, mais aussi réagir au racket, écrire un billet doux... Mon ado a adoré. Il a même embarqué le livre dans son cartable pour le lire avec les copains (oui, j'ai bien écrit Lire. Miracle). La 4e de couverture donne le ton :"Imaginez... Des plats à la cantine totalement immangeables, une réputation de paresseux qui colle à la peau, des dictées souvent truffées de fautes, un mal de ventre atroce quand arrive le dimanche soir, des tonnes de devoirs qu'on aurait dû faire avant, et des leçons qu'on a vraiment pas eu le temps d'apprendre... Ca vous rappelle quelqu'un ? Alors, ce livre est fait pour vous !".

dimanche 28 février 2010

Le vieux qui lisait des romans d'amour, Luis Sepulveda


"Le vieux qui lisait des romans d'amour" est un joli conte né de l'imagination de Luis Sepulveda, auteur chilien traduit dans le monde entier. Il nous plonge au coeur de la forêt amazonienne, enfer vert et objet de convoitise pour les colons et les chercheurs d'or, territoire de vie (ou de survie) pour le noble peuple shuar. "Lorsque les villageois d'El Idilio accusent à tort les indiens du meurtre d'un chasseur blanc, Antonio José Bolivar, qui connaît les profondeurs de la forêt, quitte ses romans d'amour - seule échappatoire à la barbarie des hommes - pour chasser le vrai coupable, une panthère majestueuse...". Ce court roman plaira à celles et ceux qui ont le goût du voyage et de la découverte culturelle. Sepulveda traduit à merveille l'ambiance mystérieuse de la forêt, la chaleur moite d'une végétation dense pleine de dangers. Il nous donne à comprendre les traditions shuars, dictées par la nécessité de s'adapter à leur environnement et leurs croyances à la symbolique pleine de poésie. Mais surtout, il nous rappelle que la pire barbarie est celle de l'homme moderne qui, oublieux de son appartenance à l'éco-système, peu respectueux de la vie animale et végétale, court sans le savoir à sa plus grande perte.

vendredi 2 octobre 2009

Le rapport de Brodeck, Philippe Claudel


Ambiance russo...austro...germanique pour cet étrange et excellent roman de Philippe Claudel. L'auteur ne précise pas où se déroule l'action. Cela pourrait être en allemange après la seconde guerre mondiale.

"Le métier de Brodeck n’est pas de raconter des histoires. Son activité consiste à établir de brèves notices sur l’état de la flore, des arbres, des saisons et du gibier, de la neige et des pluies, un travail sans importance pour son administration. Brodeck ne sait même pas si ses rapports parviennent à destination. Depuis la guerre, les courriers fonctionnent mal, il faudra beaucoup de temps pour que la situation s’améliore. « On ne te demande pas un roman, c’est Rudi Gott, le maréchal-ferrant du village qui a parlé, tu diras les choses, c’est tout, comme pour un de tes rapports. » Brodeck accepte. Au moins d’essayer. Comme dans ses rapports, donc, puisqu’il ne sait pas s’exprimer autrement. Mais pour cela, prévient-il, il faut que tout le monde soit d’accord, tout le village, tous les hameaux alentour. Brodeck est consciencieux à l’extrême, il ne veut rien cacher de ce qu’il a vu, il veut retrouver la vérité qu’il ne connait pas encore. Même si elle n’est pas bonne à entendre. « A quoi cela te servirait-il Brodeck ? s’insurge le maire du village. N’as-tu pas eu ton lot de morts à la guerre ? Qu’est-ce qui ressemble plus à un mort qu’un autre mort, tu peux me le dire ? Tu dois consigner les événements, ne rien oublier, mais tu ne dois pas non plus ajouter de détails inutiles. Souviens-toi que tu seras lu par des gens qui occupent des postes très importants à la capitale. Oui, tu seras lu même si je sens que tu en doutes... » Brodeck a écouté la mise en garde du maire. Ne pas s’éloigner du chemin, ne pas chercher ce qui n’existe pas ou ce qui n’existe plus. Pourtant, Brodeck fera exactement le contraire. "

Le souvenir le plus fort de ce roman sera pour moi, au-delà de la dureté des faits relatés qui rappellent l'une des époques les plus cruelles de notre histoire, le travail d'écriture de Philippe Claudel. C'est un travail d'orfèvre. S'appuyant sur une rhétorique particulièrement riche, exploitant au plus loin chaque champs lexical, l'auteur parvient à nous plonger au plus profond de son histoire. On voit défiler sous nos yeux, comme face à un écran de cinéma, les scènes et les personnages. On ressent le village, l'ambiance, le climat, le chaud, le froid, le rude, comme si on y était. Comme pour ses autres romans, en particulier Les âmes grises, rien ne pêche, ni le fond ni la forme. Exercice littéraire très réussi qui me conforte dans l'idée que philippe Claudel est un des meilleurs écrivains français aujourd'hui. Prix Goncourt des lycéens, il constitue bien sûr un excellent roman à lire pour nos ados qui sauront apprécier le style et se prendront au jeu de l'histoire pleine de mystère et de suspens !

samedi 1 août 2009

"Les enfants sauvés", ouvrage préfacé par Simone Veil

Les histoires individuelles participent à la prise de conscience collective."Les enfants sauvés", c'est l'histoire d'Alik, Alisa, Rachel et les autres : 8 enfants sauvés de la Shoa en France, à Salonique, en Autriche et aux Pays-Bas. 8 histoires tirées de récits aussi poignants qu'authentiques, illustrés par un collectif de dessinateurs et de rédacteurs talentueux. 8 histoires émouvantes, souvent tragiques, issues des archives de Yad Layeled, une association qui œuvre pour la transmission de la mémoire de la Shoah. Mais c'est aussi un espoir, une petite étincelle face à la barbarie, à travers l'engagement des "Justes", ceux qui ont eu le courage d'accueillir les enfants, de les cacher, d'organiser leur fuite. C'est aussi , bien sûr, une oeuvre, inédite sous cette forme, contre l'oubli.

samedi 9 mai 2009

Les cerfs-volants de Kaboul, Khaled Hosseini


Crédit photo : Jean-Marc Duchesne, cinéaste et photographe. Sélection de ses meilleurs clichés à découvrir sur http://www.jmdfilm-afghanistan.blogspot.com/
Je viens de refermer "Les cerfs-volants de Kaboul" de Khaled Hosseini pour rejoindre le sentiment général : très beau libre, très belle histoire. J'avais longtemps hésité à le lire, craignant la dureté du récit. L'ouvrage mérite bien que l'on passe au dessus de sa sensibilité personnelle pour découvrir le talent de Khaled Hosseini et revenir sur l'histoire mouvementée et dramatique de l'Afghanistan. Le récit a parfois des airs d'épopée romanesque, les personnages le sont tout au autant. Amir, "fils d'un riche commerçant pachtoun, partage son enfance avec son serviteur Hassan, jeune chiite condamné pour ses origines à exécuter les tâches les plus viles. Liés par une indéfectible passion pour les cerfs-volants, les garçons grandissent heureux jusqu'au jour où Amir commet la pire des lâchetés..." Il la paiera jusqu'à la rédemption lorsque un ami de son père l'invite à venir se racheter, une quinzaine d'années après sa fuite aux Etats-unis, en se replongeant dans l'Afghanistan alors aux mains des Talibans.
L'écriture est assez forte, travaillée dans la globalité du roman. L'auteur sait particulièrement mettre son lecteur en haleine.

J'ai relevé 2 citations qui pour moi font écho :

La première marque le retour d'Amir au pays... : " Je m'assis contre un mur de la maison. Cette communion subite avec ma patrie...voilà qui me surprenait. Je l'avais quittée depuis assez longtemps pour l'effacer de ma mémoire et être rayé de la sienne. Vivant dans une partie du monde qui aurait tout aussi bien pu être une autre planète pour les gens endormis à quelques pas de moi, je croyais ne pas en avoir conservé le moindre souvenir. Je me trompais. Dans ce clair de lune blafard, je sentis l'Afghanistan bourdonner sous mes pieds. Peut-être ne m'avait-il pas oublié lui non plus".

La seconde illustre le moment de la rédemption après de longues années de culpabilisation :
"En refermant la porte, je me demandai si c’était ainsi que naissait le pardon - non en fanfare à l’occasion d’une épiphanie, mais à partir du moment où la douleur rassemblait ces affaires et pliait discrètement bagage au milieu de la nuit."

Pour en savoir + sur l'Afghanistan :

mardi 3 mars 2009

Comment inciter les enfants et les jeunes à lire ?



Cela commence tout bébé...

On nous dit que tout commence bébé, vers l'âge de 4, 5, 6 mois, que les enfants aiment saisir les livres, jouer avec, qu'il est important qu'ils se familiarisent avec l'objet, le regardent, le mordent, le triturent... Voilà qui est parfait. Mais nous savons tous que cela n'en fera pour autant pas de futurs grands lecteurs. L'implication des parents devra, dans la majorité des cas, être sans relâche, parfois pendant de longues années. L'enfant, puis l'adolescent, devra être accompagné vers la lecture pour s'initier à ce plaisir aux débuts difficiles. Et les parents se confronteront à de multiples embuches : internet, jeux vidéo, télévision... qui fascinent leur progéniture, adepte du zapping et des plaisirs immédiats. Autant d'activités chronophages qui prennent le pas sur les autres, et bien souvent en premier lieu, sur la lecture.

Pas de recette miracle mais quelques idées tout de même !

S'il n'y a pas de recette, si chaque enfant est différent, il s'avère tout de même que quelques règles de bons sens peuvent être utiles à l'entreprise. Ci-dessous également quelques conseils avisés, quelques tuyaux, glanés ici et là, et une expérience personnelle que je souhaite partager.

Soyons cohérents...
Il est inutile de seriner son enfant pour qu'il lise si nous-même n'ouvrons pas un livre de l'année ! Si, si, ça existe ! La lecture ne peut pas, par ailleurs, s'imposer et devenir une contrainte. Inutile donc également de sermonner son enfant s'il ne veut pas lire seul. Mieux vaut continuer le travail d'éveil avec lui. Il est bien rare qu'il refuse de se faire lire des histoires.

A partir de 9 mois

L'histoire du soir doit être un rendez-vous quotidien. Le petit demande parfois à ses parents de lire et relire les mêmes histoires. Prendre son mal en patience, il a besoin de repères ! Il ne grandira pas plus vite si les parents choisissent des ouvrages adaptés à des enfants plus âgés. Il ne faut pas le décourager. Très important : mettre le ton dans la lecture. Elle doit être vivante, de l'ordre de expérience vécue ! On ne fait pas un cadeau en faisant la tête...oublions les soucis du quotidien, profitons de ce moment privilégié.

Dès 6 ans

L'enfant grandit et ses choix de lecture personnels s'affirment. Qu'il lise des romans, des BD, des magazines, des mangas..., c'est toujours cela de lu, c'est toujours un contact avec la lecture ! Pas d'apriori en la matière.
Une méthode efficace pour l'aider à prendre de l'autonomie dans la lecture est de commencer les premiers chapitres avec lui pour ensuite lui laisser les rênes.

Dès le collège

C'est parfois là que ça se complique. Soit le jeune ado est déjà un bon lecteur, soit au contraire, il s'échappe (et vous échappe), copains, ordi et autres choses rigolotes prenant le pas sur la lecture qu'il considère désormais comme activité ennuyeuse réservée aux "intellectuels" dont il ne veut surtout pas faire partie ! Lire un ouvrage en parallèle avec lui et en débattre tout au long de la lecture afin de s'assurer qu'il le comprend bien dès l'introduction fonctionne plutôt bien. L'école impose la lecture de certains livres pour le cours de français, c'est l'occasion de tenter l'expérience. (Il est plus difficile pour les seuls parents d'imposer l'exercice.) C'est parfois une mauvaise compréhension de l'histoire, du contexte, des personnages, liés à une difficulté de concentration qui fait qu'il n'accroche pas et abandonne la lecture.
Il est important de lui "apprendre à lire", à "entrer" dans le livre :

  • un ouvrage ne doit pas être vite lu (on ne fait pas une course contre la montre). Il faut prendre son temps, réfléchir, prendre du recul, se poser des questions.
  • lorsque l'esprit divague, on perd le fil, l'intérêt n'y est pas. Il faut systématiquement revenir en arrière dès que l'on sent que l'on est perdu.
  • s’attacher à comprendre parfaitement ce qu'on lit, quitte à relire plusieurs fois la même phrase. L'incompréhension est souvent à l'origine de la perte du fil de l'histoire.

Il faut aussi lui expliquer son propre goût pour les livres et lui démontrer que le livre est une façon comme la musique, le sport ou une autre activité, de s'évader. Mais aussi de se construire, de se cultiver, de voyager, de se mettre dans la peau d'un personnage... Aimer les livres, c'est faire preuve de fantaisie, refuser la banalité du quotidien. On peut aussi comparer les livres avec d'autres activités. Par exemple, le cinéma. Après avoir lu un ouvrage (ex : la jeune fille à la perle), et avoir regardé l'adaptation cinématographique pourtant brillante, Jérémie - 13 ans - se rend compte de lui-même que le plaisir du livre est plus long et plus complet... "Il manquait beaucoup de détails, j'ai préféré le livre".

Commentaires, autres idées et conseils bienvenus.


Liens utiles, encore des conseils à glâner :
http://www.mamanpourlavie.com/lu-vu-entendu/aimer-la-lecture/626-10-trucs-pour-lui-faire-aimer-la-lecture.thtml
http://www.plurielles.fr/parents/enfants/conseils-pour-lui-faire-aimer-lecture-3353348-402.html
Une approche pédagogique très pertinente (table ronde avec des enseignants lors de la quinzième édition des entretiens Nathan)
http://www.nrp-college.com/mag/mag.asp?num_rbq=1&num_info=490
Ouverture internationale : "La lecture otage de l'édition et d'une politique inefficace" en Algérie
http://fr.allafrica.com/stories/200901220360.html



2 ouvrages d'Eric-Emmanuel Schmitt

"Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran" raconte l'histoire d'amitié qui lie Momo (Moïse), garçon de treize ans livré à lui-même à Monsieur Ibrahim, épicier arabe. Véritable leçon bonheur, de sagesse et de tolérance. "Oscar et la dame rose" réunit douze lettres (douze jours de la vie d'Oscar) destinées à Dieu, rédigées par le petit garçon de dix ans sur les conseils de Mamie rose qui vient lui rendre visite à l'hôpital. Cocasse, spontané, plein d'amour, poétique et drôle malgré la gravité de la situation. Parce que le goût de lire né parfois de la découverte d'un seul ouvrage, ces 2 petits romans d'Eric-Emmanuelle Schmitt, contes à la fois tendres et légers, me semblent tout à fait adaptés pour initier des jeunes au plaisir de la lecture.


dimanche 1 mars 2009

"Le passeur" de Lois Lowry

Le passeur est un roman d'anticipation, à la croisée de 1984 de Georges Orwell et du Meilleur des mondes d'Aldous Huxley. Facile à lire, il est tout à fait accessible à un public de jeunes collégiens, d'ailleurs initialement publié à l'Ecole des loisirs. Encore une découverte que je dois à la classe de 4e de mon fils...Ouvrage facile et agréable à lire dont la richesse du contenu suscite incontestablement la réflexion. Excellent pour éveiller l'esprit critique de nos "bambins"...

Résumé : " Dans le monde où vit Jonas, la guerre, la pauvreté, le chômage, le divorce n'existent pas. Les inégalités n'existent pas. La désobéîssance et la révolte n'existent pas. L'harmonnie règne dans les cellules familiales constituées avec soin par le Comité des Sages. Les personnes trop âgées, ainsi que les nouveaux nés inaptes sont "élargis", personne ne sait exactement ce que cela veut dire. Dans la communauté, une seule personne détient le savoir: c'est le dépositaire de la mémoire. Lui sait comment était le monde , des générations plus tôt, quand il y avait encore des animaux, quand l'oeil humain pouvait encore voir les couleurs, quand les gens tombaient amoureux. Dans quelques jours, Jonas aura douze ans. Au cours d'une grande cérémonie, il se verra attribuer comme tous les enfants de son âge, sa future fonction dans la communauté. Jonas ne sait pas encore qu'il est unique. Un destin extraordianire l'attend. Un destin qui peut le détruire..."

Au centre de ce roman de 280 pages qui se lit aisément (fin hâletante qui pousse forcément à la consommation), la problématique de la liberté et de la responsabilisation des individus dans un monde trop parfait. Se pose le risque du "risque zéro", particulièrement valorisé, depuis quelques années, dans nos sociétés occidentales, pour le meilleur, mais peut-être aussi pour le pire.

Quel bonheur enfin de se retrouver après la lecture, dans notre monde à nous, avec ses dangers, ses erreurs, ses montruososités (soit !), mais aussi ses couleurs, ses émotions, ses espérances !

vendredi 20 février 2009

Dans l'univers de Vermeer

Tracy Chevalier - La jeune fille à la perle
"La jeune et ravissante Griet est engagée comme servante dans la maison du peintre Vermeer. Nous sommes à Delft, au XVIIe siècle. Griet s'occupe du ménage en s'efforçant d'amadouer l'épouse, la belle-mère et la gouvernante, chacune très jalouse de ses prérogatives. Au fil du temps, la douceur, la sensibilité et la vivacité de la jeune fille émeuvent le maître qui l'introduit dans son univers. À mesure que s'affirme leur intimité, le scandale se propage dans la ville... ". Voilà un très beau livre, très sensible comme je les aime, que j'ai découvert au hasard de la classe de 4e de mon fils. C'est bien cela : 3 semaines pour ingurgiter le livre, 80 questions à la clé. Pas d'étude de texte en cours, on ne partage pas, on vérifie juste que le livre a été lu. Mais comme je suis une maman studieuse, je me plonge aussi dans la lecture (ça fait un peu partie de mon activité de coach de mon élève de 4e à domicile). Et je bouquine pour mon plus grand plaisir.
Au delà de la belle histoire, prenante, j'ai été particulièrement sensible à l'étude du travail de Vermeer, si bien décrit et représenté, tant dans ses procédés picturaux qu'à travers le temps qui s'écoule - plusieurs mois pour finaliser une oeuvre, des heures sans compter pour observer, prendre le temps de capter les choses, les gens, d'y puiser son inspiration. Une inspiration que le peintre trouve dans les scènes les plus simples de la vie quotidienne. Et cette relation sensuelle, presque muette, entre l'artiste et la jeune fille. Nous venons de compléter l'expérience avec le film et le jeu superbe de Scarlett Johansson.
L'un des tableaux très présent dans l'ouvrage est celui de la dame au collier de perle. On ne le voit pas sur l'image, mais un oeuf a été peint par l'artiste à l'endroit du rideau jaune. Cela reste un mystère. Pourquoi Vermeer a t-il placé cet oeuf à cet endroit ? certains avancent l'hypothèse suivante : la femme au collier attendrait un enfant...

lundi 1 décembre 2008

"La petite fille de Monsieur Linh" de philippe Claudel

« C’est un vieil homme debout à l’arrière d’un bateau. Il serre dans ses bras une valise légère et un nouveau né, plus léger encore que la valise. Le vieil homme se nomme Monsieur Linh. Il est seul désormais à savoir qu’il s’appelle ainsi.
Debout à la poupe du bateau, il voit s’éloigner son pays, celui de ces ancêtres et de ses morts, tandis que dans ses bras l’enfant dort. Le pays s’éloigne, devient infiniment petit, et Monsieur Linh le regarde disparaître à l’horizon, pendant des heures, malgré le vent qui souffle et le chahute comme une marionette . ».
Parmi les ouvrages de Philippe Claudel, que je compte vraiment parmi les auteurs contemporains que j’ai le plus de plaisir à lire – citons « Les âmes grises » (prix Renaudot 2003), « Le café excelsior », un petit roman vite englouti mais néanmoins très agréable qui relate l’affection réciproque d’un petit garçon pour son grand-père (celui-ci tient un zinc), « Le monde sans les enfants », un recueil de nouvelles savoureuses, « Les petites mécaniques » un essai pas mal réussi (avec Claudel rien n’est à jeter) - « La petite fille de Monsieur Linh » est un ravissement. Roman original d’une grande sensibilité, il met en scène Monsieur Linh, émigré perdu en occident, venu d'un pays lointain (que l'on imagine être le Cambodge ou le Vietnam), terriblement marqué par la guerre (il a perdu tous les siens), se liant d'amitié pour Monsieur Bark, lui-même cabossé par la vie. Les deux hommes ne parlent pas le même langage. C'est leur douleur respective qui les réunit, une communication ne tarde pas à naître entre eux. Une amitié et l'absurdité humaine qui tout à coup surgit, nous laisse pantois.

Lire aussi Le rapport de Brodeck